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Ce projet est le fruit d'une collaboration entre Christophe Lalanne (plasticien) et David gé Bartoli (philosophe)
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David gé Bartoli (alias David Guignebert) : La biotechtonique constructive ou les virtualités d'un projet anarchitectural
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«Les formes s’achèvent. Les matières, jamais. La matière est le schème des rêves indéfinis.» Gaston Bachelard
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Dans la trajectoire des déformations de la matière - le vivant et ses forces - une “construction” est un accident de parcours.
Construire, étymologiquement “disposer avec” ou faire avec, est ici un faire-avec ( avec son trait d’union) entendu comme processus dynamique de relais et de relance. Ou quand faire-biotechtoniquement-avec, c’est faire-spatio-temporellement-avec les états de la matière, c’est être pris dans les en-jeux de la matière.
C’est donc essentiellement et littéralement entre-prendre : se prendre au jeu de l’entre.
On peut dire de la biotechtonique qu’elle produit des entre constructifs et non des constructions d’antre. Elle est force de propositions multitectoniques et non proposition de formes architecturales.
La biotechtonique est donc la conjonction ou la combinaison de trois termes:
1) bio : le vivant comme flux de générativité ( la re-production ) et de plasticité ( la régénérescence dans l’accident de parcours)
2) technique : la technique comme ouverture processuelle des pratiques humaines (à la différence de l’ouverture ontologique de Heidegger)
3) tectonique : la tectonique des plaques comme processus de déformations
La composante des trois permettant ainsi une multiplicité de virtualités à expérimenter et à exploiter théoriquement et pratiquement.
La biotechtonique est un art de l’intermédiaire, de l’entre, c’est-à-dire une technique des déformations ou si l’on veut une technique processuelle qui ouvre à l’in-finition des matières en devenir. Il ne s’agit pas de bâtir, suivant un plan et une planification déterminés (tracé et déroulement des travaux), avec des matériaux divers.
Il s’agit de faire de façon à ce que chaque élément mis en œuvre dans ce processus d’intempestivité constructive soit moteur, à ce qu’il soit porteur d’une vision de l’émergence où rien ne prédomine, ne se fige, ne dure.
Ainsi, la matière, le biotechte (l’entre-preneur d’une biotechtonique constructive) et le biotechteur (le preneur et re-preneur d’une biotechtonique constructive), le sol, l’écosystème du milieu environnant, et tout ce qui concourt à la dynamique d’un tel projet, sont de l’intermédiaire.
Le traitement de la matière peut être empirique, pratique, technique, technologique, pourvu qu’il active et développe tout le sensible et tous les sens de l’intermédiaire (artistique, physique, philosophique, sociale, politique…). Il s’apparente à un échauffement musculaire, avec ses étirements, ses foulées, ses massages ; le but étant de favoriser et d’exploiter au mieux les forces, les poussées, les déformations de la matière. Et dans ce parcours du traitement de la matière, peut-être, apparaîtra-t-il un “jet” constructif, la germination d’un lieu de vie.
C’est pourquoi la biotechtonique est en soi et avant tout un développement de postures constructives agissant sur et avec la matière. Elle n’est pas une application formelle des règles et canons architecturaux en vue d’une constrcution. Elle ne nous oblige pas à employer des techniques infaillibles de constructions architecturales. La biotechtonique s’emploie à nous travailler comme on la travaille, d’une façon synaptique, c’est-à-dire comme technique des failles, des plis, des déplacements, où peuvent avoir lieu de nouvelles connexions, de nouveaux agencements d’énonciation de la matière.
La biotechtonique n’a donc pas pour but de proposer des solutions à des problèmes liés à l’architecture et à ses contraintes ( comme elle est la plupart du temps envisagée, même dans les projets utopiques ou contre-utopiques des années 60 et 70 ), elle génère de la matière une multiplicité tectonique qui ouvre des devenirs, ce en quoi elle est constructive. Elle libère des forces de vie.
De la biotechtonique constructive peuvent émerger des lieux de vie accidentels, évolutifs, aléatoires : des BIOTECHTONES.
Elles accueillent en-soi et en elles la vie : elles sont un lieu de vie vivant.
Autrement dit, toutes les BIOTECHTONES sont des organismes vivants qui génèrent une activité biotique constante et développent un biotope en perpétuelle évolution.
Les BIOTECHTONES ont des caractéristiques génériques-génératives qui ne sont pas à proprement parler des qualités mais des tendances, des propensions à, des lignes de fuite engageant une constructivité 6-M : Malléable - Mobile - Mutante - Mutuelle - Mineure - Militante.
- pas d’iconologie ni de typologie de l’habitat prédéfinies
- pas de principes constructifs déterminés
- pas de structures stables ni de fonctions précises de l’habitat
La matière-membrane est un tissu organique de type filtre-éponge qui provoque de multiples variations tectoniques. Si poteaux ou murs il y a, à court ou à moyen terme, ils ne sont ni porteurs, ni correcteurs mais accompagnateurs des forces biotechtoniques. Donc pas d’omniprésence d’ossature structurelle ou de structures porteuses (système poteaux-poutres ou murs porteurs). Il s’agit ici de ne pas obter pour des solutions tout aussi rigides ou inertes en soi, par nature, comme le système d’armatures ou de résillles (en métal, en alliage… ) sur lesquelles on plaque un matériau quelconque (ex : F. Kiesler), ou encore de structure en coque plus ou moins légère ou plus ou moins rigide (en plastique, résine ou autres matières synthétiques, ou les structures et toiles gonflables, par exemple). Ex: dans le cas des “constructions pneumatiques”, l’air a un rôle structurel évident puisque sans son apport la toile est inerte: la pression de l’air, comme soutènement de la toile ou de la structure gonflable, remplace donc les structures porteuses classiques qui soutiennent la toiture.
- mobilité spatio-temporelle: l’espace et le temps font cause commune dans la dynamique constructive en se déployant librement, comme “work in progress”.
- mobilité entre immobilier et mobilier: l’un à propension à devenir l’autre et vice et versa. Ex: un repli à l’intérieur de la construction peut devenir banquette, table, lit, étagère…un repli peut aussi générer un nouveau palier ou un nouveau niveau d’habitation. Et un dépli vers l’extérieur peut devenir terrasse, pergola, toit-terrasse, ou une dépression pouvant servir de bac à fleurs ou de jardiner…
- mobilité des postures du biotechte (entre-preneur d’une BIOTECHTONE) et du biotechteur (preneur et re-preneur d’une BIOTECHTONE) selon les développements de la matière, selon la biotechtonique propre à ce lieu de vie.
- excroissances ou extensions à greffer sur de la matière devenue inerte ou presque : pas de destruction ou de réfection en vue d’une réhabilitation, pas de rénovation superficielle, pas de décoration.
N.B. : la couleur des matériaux utilisés et laissés bruts ou dûe à l’adjonction de peinture sur ceux-ci joue un rôle essentiel dans la vision et la visibilité du processus de dé-formations. Il faut, en effet, que ces greffes apparaissent, au sens fort (apparition comme surgissement), comme étant elles-mêmes des accidents de parcours, prises dans le flux de la matière. Ces greffes s’apparenteront au repli ou le dépli de telle ou telle surface qui, du fait de la couleur, seront rendus visibles immédiatement et ce, tant sur le plan de la perception spatiale que temporelle : je vois effectivement tel surface intérieur se déplier vers l’extérieur, le bleu ressortant sur le rouge, par exemple, et je le vois présentement se dévoiler dans le cours de son développement.
- expérimentations de l’“in-formité” dans le processus des déformations de la matière (comme formation à l’“in-finition” des formes).
- exotique ou accueil de l’autre à venir (tolérance des conditions évolutives de vie du lieu et du milieu de l’habitat ; tolérance de la greffe par l’habitation et par l’habitant ; tolérance par les locataires successifs de l’état d’avancement de la BIOTECHTONE, qui ne peut être rasée : autrement dit, de son vécu).
- contrat mutualiste entre le biotechte et le biotechteur.
Le biotechte loue sa force de propositions au biotechteur pendant une durée donnée et la matière qui lui est nécessaire en fonction d’un projet élaboré d’un commun accord. Le biotechteur, lui, s’accorde au jour le jour à un lieu de vie vivant et mois après mois avec le biotechte pour le régénérer par des greffes successives.
- réciprocité et échanges entre l’habité (une BIOTECHTONE) et l’habitant (biotechteur), entre le lieu vivant et l’être vivant, l’un influant sur l’autre et vice et versa : plasticité du tissu constructif de l’habité et plasticité des postures de l’habitant ; échanges gazeux de l’habité et de l’habitant ; taux d’humidité en fonction de la matière utilisée pour l’habité, des activités physiques, ménagères ou autres de l’habitant….
- porosité et perméabilité entre le lieu (une BIOTECHTONE) et le milieu (l’environnement) : le tissu organique du lieu permettant des effets filtre-éponge avec l’organicité du milieu. L’un bénéficie des avantages de l’autre pour une meilleure adaptibilité de l’un avec l’autre et vice et versa.
Ex: utilisation pour le tissu organique de matériaux dits “intelligents”, c’est-à-dire prenant en compte les modifications et les variations des conditions de vie inhérentes aux pratiques humaines et à l’écosystème environnant : une véritable peau entre les agents internes et externes au lieu de vie.
- “sans qualités” : lieu de vie n’ayant pas de qualités normées (solide, résistante, harmonieuse, agréable, hygiènique, lumineuse, ergonomique…) et certifiables pour l’utilisateur.
- “sans mesure” : Ni “avec mesures”, dans le sens de mesures de construction (respect des principes, des règles et des normes architecturaux : lois de la statique, normes de sécurité et d’hygiène, mesures des surfaces au sol et des hauteurs, canons contemporains des habitations…) ; ni “sur mesure”, dans le sens de maison particulière à l’image que se fait le destinataire d’une habitation qui lui serait adaptée, souvent très coûteuse ; ni “démesurée”, dans le sens de construction d’immeubles à haute densité d’êtres humains.
- “sans histoire” : pour les minorités sans attaches spatio-temporelles, pour les parias, pour les êtres de terrain, pour des existences atypiques : vagabonds, anti-conformistes, prolétaires précaires, asociales, nomades, anarchistes, SDF, révolutionnaires et exclus socio-politiques de toutes sortes, chercheurs…
- “sans territoire” : ni occidentale ou orientale, ni même méridionale ou septentrionale, ni rurale ou urbaine ou suburbaine, ni ethnique ou religieuse ou consacrée, elle a vocation à exister et se mouvoir de partout, en tout lieu, en tout milieu, qu’ils soient plus ou moins propices ou plus ou moins hostiles.
- pour une “construction” modeste et mobilisatrice : ni “militaire” de type encasernement (construction hiérarchique, à angles droits, fonctionnelle, hygiéniste, hermétique… ex: les barres d’immeubles, l’urbanisme aux carreaux); ni “milicienne” de type groupes isolés (construction puritaine, secrète, hautaine, avec privilèges… ex: les villas, les quartiers notables).
- une construction-résistance pour “occuper le terrain” :
Sans y être attaché, enraciné (liens du sol et du sang mêlés par les lois de propriété et d’héritage), donc sans fondations en sous-sol.
Sans y être exclu par des instances supérieures (étatiques, religieuses, politiques, coutumières, sociales, climatiques…) organisant des groupements humains de types molaires, totalitaires, hégémoniques ou universalistes. Elle résiste donc, entre autres, aux «machines de guerre» capitalistes : pas de capital (de l’immobilier comme propriété), pas de capitalisation (bien à pérenniser), pas de services capitalistes (assurance, prêt bancaire, acte d’achat devant notaire…).
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La question du droit au logement, un lieu de vie vivant, et non du droit à la propriété, est fondamentale. Elle devrait être le premier chaînon de notre sécurité sociale. Par contre coup, les questions du travail, de l’œuvre et de l’action, envisagées par Hannah Arendt dans son ouvrage La condition de l’homme moderne est à repenser de fond en comble. Ni l’appropriation des biens matériels (l’homme comme pur consommateur de sa production), qu’elle dénonce, ni la propriété ( la stabilité et la perennité comme valeurs, le sol comme socle ontologique de l’humain pourtant “voué” à la mobilité autant du corps que de l’esprit, ou de la pensée, comme on voudra : humain-mutant ), qu’elle revendique, ne peuvent être envisagées comme des solutions viables ou vitales.
Au lieu d’œuvrer pour telle ou telle cause transcendentale, lieu originel du jugement moral, éthique ou intellectuel, il serait préférable de dés-œuvrer le lieu, lui rendre sa pluralité d’accueil et rendre conséquemment à l’humain son pluriel, sa polyvocité : polyphonie, vélocité, équivocité. Il ne nous appartient pas de prendre en charge l’humain, de soumettre sa condition à quelques conceptions humanistes ou religieuses qu’elles soient.
Il se fait. Il se fait que l’humain a toujours de la suite dans les idées. Il ne doit pas être suffisant de se faire des idées préconçues ou idéelles sur les choses du monde. Nous nous devons de ne pas choséifier ce qui apparaît au monde. Il se fait que nous sommes l’apparition sans cesse renouvellée du, des mondes. Nous, objets, sujets, projets, trajets, mondes qui émergent aux mondes, techtoniquement. Nous, mondes, techtoniciens, qui nous nous fondons aux mondes, qui nous faisons mondes, qui agrégeons les mondes en pleine mobilité : ouverture processuelle de mondes en mondes.
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… David gé Bartoli
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